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#1 15-02-2009 13:24:51
- Lunatic
- Adème

- Date d'inscription: 31-01-2009
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[Recension] Coïncidences- Gérald Bronner
[Fiche de l'œuvre]
Quel est le point commun entre, d'une part, la « loi des séries » invoquée par les médias lors d'accidents d'avion rapprochés dans le temps et, d'autre part, les pouvoirs « parapsychiques » d'Uri Geller qui annonçait, à la radio ou à la télévision, avoir la capacité d'éteindre les lumières à distance, ce qui était confirmé par les multiples appels des auditeurs au standard de la chaîne ?
Ce bouquin « grand public » de Gérald Bronner, professeur de sociologie, répond à cette question. Entre autres.
Et comme je suis sympa, la solution, je vous la donne : si nous voyons du « mystère » derrière ces deux événements, c'est que nos représentations du hasard nous trompent.
2 illustrations :
- Une famille souhaite avoir 6 enfants. A-t-elle plus de chance d'avoir, dans l'ordre (a) une fille, une fille, une fille, un garçon, un garçon, un garçon (FFFGGG) ou (b) une fille, un garçon, un garçon, une fille, un garçon, une fille (FGGFGF) ?
- J'ai lancé 5 fois une pièce de monnaie et « pile » est sorti ces 5 fois. Quelle est la probabilité que « pile » sorte une 6 ème fois ?
Dans le premier cas, celui de notre famille, une majorité d'entre nous répondra FGGFGF. Pourtant, la probabilité d'avoir FFFGGG et celle d'avoir FGGFGF sont égales.
Dans le deuxième cas, j'ai autant de chance de sortir un « pile » qu'un « face ».
Si nous nous trompons si aisément, c'est que notre raisonnement repose sur l'idée selon laquelle chaque manifestation du hasard est « hétérogène » et « équitable ». Il paraît plus « juste » que les naissances des filles et des garçons ne soit pas « groupées » ; il paraît plus « juste » qu'un « équilibre » se fasse, et, donc, que face sortira la sixième fois.
L'auteur évoque une expérience de psycho très intéressante à ce sujet : imaginez un premier carré blanc, disons de 20 pixels sur 20, dans lequel on va disposer au hasard des pixels noirs, disons 100. Il y a de fortes chances que certains pixels se « touchent ». Prenons un deuxième carré de même taille, remplissons le de 100 pixels noirs également, mais cette fois-ci ajoutons une règle particulière : deux pixels ne peuvent être adjacents. Nous ne sommes plus en situation de pur hasard. La figure produite sera un carré dont les pixels noirs seront « mieux répartis ». Demandons maintenant à quelqu'un qui ignore notre jeu lequel des deux carrés est le produit d'un pur hasard ; « le deuxième » sera sans doute la réponse donnée, illustrant là encore ce que j'évoquais plus haut (car, le fait de voir des pixels groupés — tout comme des naissances d'ailleurs — semble être le fruit d'une intention, et non pas du hasard).
Vous n'avez là qu'un tout petit échantillon des mécanismes qui nous font nous tromper. Un autre d'entre eux vient expliquer les « pouvoirs » d'Uri Geller : oui, des gens de toute bonne foi ont téléphoné pour affirmer, comme la prévoyait le magicien, que la lumière s'était éteinte chez eux. Mais y voir là un grand mystère serait ignorer le très grand nombre d'auditeurs de l'émission et le fait que, chez l'écrasante majorité d'entre eux, il ne s'est absolument rien passé. Ce phénomène est appelé négligence de la taille de l'échantillon.
Un autre phénomène encore, que j'avais évoqué sur mon blog, tend à nous faire chercher les éléments qui confirment une règle plutôt que ceux qui l'infirment, ce qui, évidemment, corrompt la justesse de notre réflexion (c'est le biais de confirmation).
La force du bouquin est d'ancrer le propos dans des évènements que nous connaissons tous (les théories du complot et le 11 Septembre ; le roman qui aurait annoncé le naufrage du Titanic 14 ans avant le faits ; etc.) ce qui évidemment rend la lecture agréable aux non-sociologues, sans sacrifier la rigueur scientifique du propos. On ferme le livre en trouvant bien ridicules nombre de nos petites superstitions, habitudes ou propos empruntés à la « sagesse populaire » (« jamais deux sans trois » ; « quand on parle du loup, on en voit la queue »), ce qui, finalement, prouve que le livre atteint son objectif !
À noter, le dernier chapitre, sans doute un peu plus ardu, qui propose de répondre à la question : pourquoi nous nous trompons ainsi...
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#2 15-02-2009 13:57:49
- Clochette
- Tranibore

- Date d'inscription: 31-01-2009
- Messages: 15
Re: [Recension] Coïncidences- Gérald Bronner
C'est toujours intéressant de démonter ainsi des mécanismes complètement inconscients.
Après la question que je me pose c'est : vaut il mieux continuer à croire ces superstitions et ainsi avoir la sensation d'un minimum de contrôle sur notre environnement, ou connaître le processus et acquérir une autre forme de philosophie ?
En tout cas, j'ai choisi mon camp ! :p
Il y a aussi ceux dont on n'attendait rien, dont l'existence était là-bas celle de l'homme sans histoire, et qui ici se sont montrés des héros. C'est ici qu'on aura connu les estimes les plus entières et les mépris les plus définitifs, l'amour de l'homme et l'horreur de lui dans une certitude plus totale que jamais ailleurs. (Robert Antelme - L'espèce humaine)
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#3 15-02-2009 17:33:02
- Lunatic
- Adème

- Date d'inscription: 31-01-2009
- Messages: 18
Re: [Recension] Coïncidences- Gérald Bronner
Je pense qu'on pourrait se permettre le luxe de se poser une telle question... si l'illusion n'avait jamais de conséquence fâcheuse. Ce qui n'est pas le cas.
La majorité de nos « faiblesses » intellectuelles, de nos manques de rigueur, n'ont pas d'implication gravissime. Je peux croire que le fait d'avoir pensé à un vieil ami et le rencontrer quelques heures après est un « signe du destin » (alors que ce n'est certainement là encore que la marque de la négligence de la taille de l'échantillon : combien de fois est-ce que je songe à des personnes sans les rencontrer ensuite ?!), après tout, ce n'est pas bien méchant.
C'est déjà plus embêtant lorsqu'un charlatan tente de manipuler un esprit un peu fragile, alors même que la connaissance des mécanismes ici présentés auraient pu armer intellectuellement la victime...
C'est carrément plus flippant encore lorsque des théories du complot, drainant parfois des idées nauséabondes, « utilisent » les coïncidences pour faire passer deux évènements indépendants, mais apparaissant en même temps, pour deux évènements liés par la causalité... Y'a tout un sous-chapitre justement dans le bouquin sur la théorie du complot.
Donc pour moi la réponse est claire et j'ai choisi mon camp aussi ![]()
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