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#1 10-02-2009 08:51:21
- Del
- Tranibore
- Date d'inscription: 31-01-2009
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[Recension] Trois couleurs : Rouge - Kieslowski
[Fiche de l'œuvre]
Trois couleurs : Rouge n’est pas un film très connu du grand public peut-être parce que son réalisateur ne l’est pas non plus et il est urgent, j’oserai même dire urgentissime que cela change !
***
Rouge comme fraternité, dernier volet après l’égalité, Bleu et la liberté, Blanc.
Nous sommes plongés dans un autre univers, entre des personnages insaisissables, une mélancolie latente et un espoir immense. Ne serait-ce pas de la fraternité ? Comme le dit si bien Kieslowski, « la fraternité existe dès qu’on est prêt à écouter l’autre ».
Des destins mêlés. La double narration de Kieslowski montre en alternance la vie d’Auguste et celle de Valentine qui fait la rencontre d’un vieux juge. Quel lien unit Auguste au personnage joué (excellemment bien) par Trintignant ? Un est un ancien juge, l’autre veut le devenir, les deux ont un chien, le destin de l’un est calqué sur celui de l’autre... C’est ce que l’on découvre au fil du film. Le personnage du juge se confond avec celui d’Auguste. Ce dernier suit les traces de son double.
Le spectateur guidé. On reçoit des informations d’une façon distillée, calculée, retardée. Le film fonctionne sur un système de raisonnement rétroactif. Il y a des signes, des indices, parfois indéchiffrables... qu’importe, ils sont là. Kieslowski aime le thème du hasard, il s’amuse avec mais le met si bien en scène qu’il ressemble plus à un jeu de coïncidences. Jeux d’échos, associassions d’idées, indices imagés. Le réalisateur est entré dans notre subconscient.
Les couleurs. Le rouge. Evident, permanent. Il est vif pour les émotions fortes et les ruptures brutales. Il sert souvent d’avertissement, vision prémonitoire d’un danger qui menace les personnages ou d’un grand changement qui les attend. Le vert. Oui, du vert. Kieslowski joue avec les contrastes et les couleurs complémentaires. Le vert est tout aussi présent que le rouge... Il ne se justifie pas sans l’emploi du rouge mais le vert est d’autant plus visible que le premier existe. La grande différence entre le rouge et le vert se situe dans leur fonction : le vert fait exister le rouge qui, lui, fait symbole.
Rouge est le dernier film de Kieslowsi. Il comporte ses doutes et ses déceptions. Le réalisateur fait apparaître sa méfiance vis-à-vis des images. Il impose au spectateur une position de voyeur. Cette position est accentuée par la construction des images : Kieslowski se sert des cadres, montants de portes et de fenêtres. Il est très rare de voir un personnage sans qu’il soit coincé dans l’image ou derrière une vitre. Le cinéma ne serait-il qu’un simulacre de la vie ? Kieslowski semble prévenir le spectateur, un film n’est pas la réalité mais seulement sa représentation. C’est un simple reflet... parfois déformé. Il construit pour moi un méta-discours sur le cinéma. Par Rouge, il m’a révélé le sens des images et je l’en remercie. J’espère qu’il provoquera le même sentiment en vous…
« La fraternité existe dès qu’on est prêt à écouter l’autre ». Kieslowski
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#2 10-02-2009 09:13:20
- Clochette
- Tranibore

- Date d'inscription: 31-01-2009
- Messages: 15
Re: [Recension] Trois couleurs : Rouge - Kieslowski
Merci Del pour ces informations sur ce film. Je trouve la phrase "Par Rouge, il m’a révélé le sens des images et je l’en remercie." particulièrement percutante! Cela semble avoir eu tellement d'impact sur toi, et donc ta carrière, que j'ai très envie de le voir. Je vais m'en occuper alors et je reviendrais te dire ce que j'en pense.
Il y a aussi ceux dont on n'attendait rien, dont l'existence était là-bas celle de l'homme sans histoire, et qui ici se sont montrés des héros. C'est ici qu'on aura connu les estimes les plus entières et les mépris les plus définitifs, l'amour de l'homme et l'horreur de lui dans une certitude plus totale que jamais ailleurs. (Robert Antelme - L'espèce humaine)
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#3 10-02-2009 09:22:00
- Del
- Tranibore
- Date d'inscription: 31-01-2009
- Messages: 3
Re: [Recension] Trois couleurs : Rouge - Kieslowski
Super !
Même si Rouge fait partie d'une trilogie et constitue le troisième et dernier film, tu peux sans problème commencer par celui-ci. Bleu, Blanc et Rouge peuvent être vus dans n'importe quel ordre. Bien sûr il y a des passerelles entre les trois films mais Rouge reste pour moi le plus fort.
« La fraternité existe dès qu’on est prêt à écouter l’autre ». Kieslowski
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#4 02-11-2009 19:20:19
- marcoilbiondo
- Nouvel arrivant
- Date d'inscription: 02-11-2009
- Messages: 1
Re: [Recension] Trois couleurs : Rouge - Kieslowski
Je suis fan de Kieslowski, je ne sais pas si Rouge n'est pas très connu, on l'a vu quelques fois quand même, sur Arte je présume (donc en effet peu de téléspectateurs).
Ma femme préfère Bleu, surtout la bande son est incroyable, je ne suis pas loin de partager cet avis, mais de toute façon moi c'est le Décalogue en entier ou rien
) Ou la double vie de Véronique, un pur chef d'oeuvre.
Trintignant est un peu agaçant dans ce film, mais c'est tout à fait le rôle, amer, imbu, vidé, sans espoir en l'humanité, la mission de Valentine est de lui redonner un espoir en l'humanité.
Le juge est un peu Dieu au jugement le dernier, il faut lui donner une raison de sauver l'humanité, il n'en trouve pas.
Je pense que le thème est aussi la rencontre et la fatalité, cette rencontre avec son voisin qui a tant de mal à se faire, avec le chien, le juge, les autres personnages de Bleu et Blanc...
La fraternité n'est présente que par son absence. Comme si c'était le moins évident de notre "identité nationale", une lutte de chaque instant. Et en fait ça l'est, il suffit de voir comment on traite les étrangers. Ce film se passe surtout en Suisse, à Genève, c'est un signe, siège de la SDN, de la croix rouge... bref de la fraternité, que nous n'avons pas su conserver en France.
Sinon à cause de la fin de Rouge (tourné sur les quais parisiens si je me souviens bien) il vaut mieux le voir en dernier.
[Hors Sujet]
Sinon pour julien, comme choix de "recension" (je ne connais même pas ce mot, c'que tu peux être précieux ^^) il n'y a pas j'ai la Cassette VHS (ou le blue ray pour les geeks). J'ai déjà mis mes vinyls à la cave, je ne vais pas jeter mes cassettes VHS! Si ? Bande de consuméristes !
[/Hors Sujet]
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#5 06-11-2009 15:10:13
- Del
- Tranibore
- Date d'inscription: 31-01-2009
- Messages: 3
Re: [Recension] Trois couleurs : Rouge - Kieslowski
Il est vrai que le personnage joué par Trintignant peut paraître agaçant, surtout au début du film. Cependant, je ne dirai pas qu’il est sans espoir en l’humanité. Au contraire, je dirai même, que derrière son attitude désabusée, il a foi en l’humanité.
Mais voilà, la vie lui a montré des tas d’exemples lui démontrant que l’humanité n’est qu’un concept idéaliste ; la vie l’a déçu ; la vie lui fait douter de sa croyance.
Pour moi, Auguste cherche celui ou celle qui lui apportera la preuve de sa certitude profonde. Malgré son âge avancé, Auguste n’a pas tout à fait abandonné sa quête. Tous ses actes prouvent qu’il est dans l’attente.
Jusqu’au jour où Valentine pousse la porte de chez lui et le libère enfin. Grâce à elle, il peut regarder la réalité en face, briser les filtres qui le protégeaient d’un réel qu’il refusait et vivre en harmonie. Sans révéler la fin du film, le dernier plan est dans ce sens très symbolique : la vitre est cassée, il regarde le monde tel qu’il est et en retire une satisfaction certaine.
« La fraternité existe dès qu’on est prêt à écouter l’autre ». Kieslowski
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